Un père casse et manque.

Gendarmerie de Tain-L’Hermitage

 Vous en êtes certain ?

  • La voiture de votre femme s’est déportée pour éviter un autre véhicule qui arrivait en face, lui aussi déporté. Et ce chauffard, parce que je pense qu’il roulait vite, a mordu le bas-côté une bonne centaine de mètres plus loin, a frotté le chêne qui se trouvait là en abandonnant l’enjoliveur avant gauche et un peu de peinture.
  • Dois-je comprendre que ce conducteur serait le responsable de la mort de mon épouse ?
  • C’est aller un peu vite en besogne. Il n’y a pas eu de choc et rien n’indique que l’accident de votre femme soit effectivement lié à ce croisement. Certes, le témoignage du conducteur qui suivait à bonne distance nous oriente vers cette hypothèse. Mais il reste fragile, car il n’a pas pu nous décrire le véhicule en tort ni apporter la moindre précision qui permettrait de confondre ce potentiel fuyard. Grâce à nos experts, nous savons qu’il s’agit d’une DS 3 blanche. On va rechercher au moins dans le département si l’un de ces modèles a été réparé suite à l’accident de votre épouse.
  • Déjà six mois qu’elle est décédée ! J’espère que vous pourrez avancer sur cette piste. Je veux vraiment comprendre ce qui a dû se passer.
  • Ne vous en faites pas. Nous allons conduire une enquête discrète, et j’espère vous apporter des nouvelles assez vite.
  • Merci, et bon courage.

Gabin sortit contrarié de la gendarmerie. L’identification du type de véhicule peut-être responsable de la mort de Françoise lui apportait un élément significatif pour confondre le coupable.  Car il était certain de le connaître… Restait à le démasquer.

 

Quelque part en Hermitage

 

Noël envahissait les esprits. Un froid dense renforcé par un vent généreux glaçait l’endroit. Le ciel blafard enveloppait la campagne déserte, et quelques éclairages dispersés repoussaient l’agression d’un crépuscule obstiné. Une pluie glaciale et serrée tombait jusqu’à obscurcir l’horizon, provoquant partout des ruisseaux sauvages. Les branches des arbres étaient bousculées par des soubresauts irréguliers en ployant sous la force du vent, comme si elles voulaient pleurer de chagrin. Pour une fois, l’hiver était en avance et il imposait sa présence.

Au fond d’un chemin en impasse, dans une combe encaissée entre deux collines, une propriété massive semblait endormie. Elle occupait tout l’espace et accrochait la vision des visiteurs éventuels qui rarement se présentaient. Un imposant véhicule approchait vite, patinant malgré les quatre roues motrices. Les grilles souveraines s’ouvrirent sans bruit, grâce au mécanisme électrique, à peine freinées par les bourrasques, libérant le passage au propriétaire des lieux trop heureux de rentrer chez lui. Un détail n’aurait pu tromper un observateur aguerri : il était impatient. A peine le SUV arrêté au pied de l’escalier massif dont les marches avaient été recouvertes d’un tapis épais, pour éviter toute glissade malencontreuse, Jules, le majordome s’approcha en tenant un large parapluie déployé pour abriter son maître. Gabin ouvrit la portière pour rejoindre ses appartements et attendre son conseiller.

Débarrassé de son manteau noir en laine et soie, de sa casquette et ses gants de peau, il se dirigea vers la salle à manger pour s’entretenir avec Lucienne, sa cuisinière et employée de confiance, chargée de gérer le quotidien de la demeure. Puis il rejoignit son boudoir pour s’imprégner un peu plus de la note qui lui avait été adressée quelques jours plus tôt.

Gabin, le propriétaire, était un homme austère. Viticulteur dans la Vallée du Rhône, il vivait très confortablement grâce aux revenus de la vigne qui appartenait à la famille depuis plusieurs générations. Un drame l’habitait dont il ne s’était pas remis : son épouse s’était éteinte quelques mois plus tôt, dans des douleurs abominables. Blessée lors d’un accident de voiture, elle avait souffert le martyre. Il avait très mal vécu cet épisode désagréable de son existence, au point qu’il avait pris une décision dont les conséquences pouvaient être considérables. Il n’en avait cure…

Un crissement léger sur le carrelage du couloir attira l’attention de Gabin. Lucienne s’annonça par un coup bref sur la porte fermée.

  • Entrez, dit-il.
  • Votre rendez-vous est là, Monsieur.
  • Merci, Lucienne, faites-le entrer sans attendre.

Lucienne s’éloigna et revint quelques instants plus tard en guidant un visiteur, avant de refermer la porte derrière lui.

  • Comment vas-tu ?
  • Très bien. Je suis en pleine forme…

L’individu hésita en dévisageant Gabin qui restait impassible, regardant la pluie tomber par la fenêtre. Après un haussement d’épaule, il reprit :

  • Mais…
  • Mais quoi ? dit le propriétaire sans regarder son interlocuteur.
  • Tu vois, Gabin, nous serons bientôt à Noël. Mais tu m’inquiètes. Tout ceci ne me semble pas très régulier. Même si tu respectes les principes de la loi. Es-tu sûr de ta décision ?
  • Tu me déçois, vois-tu. Je sais très bien ce que je fais et peu importe ce qui se passera ensuite. J’ai un compte à régler. Je ne serai pas éternel et je dois penser à l’avenir. Je vais donc tout faire en une seule fois. Alors, laisse-moi tranquille avec tes états d’âme.
  • J’ai peur que cet acte un peu fou ne se retourne contre toi. Ce serait une belle bêtise.
  • Cela voudra dire que je me suis trompé. Je vendrai la propriété et je donnerai peut-être l’argent de la vente à une mission caritative.
  • Hummm…
  • Tu restes sceptique, à ce que je vois.
  • Donc, tu es toujours décidé à leur faire part de, disons… de cette « bonne » nouvelle ?
  • Comme prévu, je leur adresse au plus vite une invitation pour le diner de Noël. Avec un petit appât à la clé pour les inciter à venir.
  • Tu m’étonneras toujours. Je ne sais pas s’ils prendront ton initiative pour un beau cadeau. A mon avis, ce sera plutôt une « drôle » de surprise.

 

En prison

 

Immobile devant la porte de la cellule, un petit gringalet attendait que le gardien le fasse entrer. Ses mains croisées tenaient une enveloppe. Lorsque l’espace se libéra, il s’avança sans hésiter. Sa tête de fouine se fixa aussitôt sur l’individu allongé sur sa paillasse, en train de lire une bande dessinée.

  • Bonjour, Didier, dit-il sur un ton sec.

Le prisonnier, à peine surpris, ne répondit pas et se contenta de jeter un coup d’œil pour dévisager son visiteur. Déçu, il haussa les épaules et se replongea dans sa lecture. Agacé, l’intrus s’approcha, lui arracha des mains la revue. Le prisonnier se redressa, fâché.

  • Tu pourrais me répondre quand je te parle.
  • Vous m’emmerdez. Vous abusez de votre pouvoir. Je n’ai rien fait, que je sache.
  • Peut-être, mais je suis ici pour une bonne raison. Alors, je voudrais que tu m’écoutes. Si tu ne vieux rien entendre, dis-le tout de suite, et je m’en vais.
  • Attendez… Pas si vite. Vous me faites chier. Mais si c’est pour me dire que ma demande de sortie est une nouvelle fois refusée, ouais, vous pouvez vous casser.
  • Tu pourrais être poli. C’est si compliqué ? demanda le gringalet en haussant nettement le ton.

Le prisonnier se leva et commença à arpenter la petite pièce. Il tentait d’afficher un calme serein malgré une tension évidente qui venait de le saisir.

  • Je n’entends que des mauvaises nouvelles. Personne ne veut m’aider et rien n’est fait pour considérer ma situation. Si vous êtes là pour m’annoncer un nouveau problème, franchement, je m’en tape.

L’autre ne répondit pas, afficha un sourire mièvre puis alla s’asseoir sur le bord de la paillasse. Il appuya ses coudes sur ses cuisses en se penchant en avant, desserra sa cravate et agita une petite enveloppe ouverte qu’il utilisa en guise d’éventail.

  • Ton analyse de la situation est plutôt pertinente, Didier. Cependant aujourd’hui, je pense que le contenu de cette enveloppe peut t’intéresser.

Intrigué, le prisonnier se rapprocha, fixant le courrier qui s’agitait sous ses yeux avec une évidente envie. Le juge d’application des peines restait immobile, sûr de lui. Le taulard grimaça, et se gratta la tête, partagé qu’il était entre espoir et déception. Il osa :

  • C’est une connerie ?
  • Non, ce n’est pas une connerie, comme tu dis.
  • Donc ?
  • Comme tu es un prisonnier modèle, si je puis dire, avec mes collègues, nous avons décidé de te faire une nouvelle faveur. Ta première sortie s’est bien passée. Nous n’avons rien à te reprocher. On peut donc tenter une nouvelle expérience. Si tout se déroule bien, je pense que nous pourrons envisager la suite de ta détention sous un autre angle.
  • Que proposez-vous ?
  • Je ne crois pas que tu saches que ta mère est décédée.

Didier ouvrit des yeux ahuris et se rapprocha du juge. Son visage s’était décomposé.

  • Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?!
  • Parce que nous ne le savions pas. Ce courrier le précise. C’est ton père…
  • Mais comment… ? Comment et quand est-elle morte ? coupa le prisonnier.
  • Cela doit faire pas loin de six mois. Cela coïncide avec ta précédente sortie ou à peu près.

Didier s’écroula sur son lit. Il se prit la tête entre ses mains, et afficha un regard désespéré. Il marmonnait des paroles incompréhensibles.

  • Pendant que tu digères cette info, nous sommes prêts à t’accorder un bon de sortie pour Noël.

Didier ne réagit pas. Il semblait réfléchir à toute vitesse.

  • Bon, quand tu auras repris tes esprits, tu me le feras savoir.
  • Ecoutez, Juge ! J’ai compris… C’est d’accord. Je me tiendrai à carreau. Donnez-moi cette lettre.
  • Voilà ! dit le juge en tendant l’enveloppe à Didier. Ton père…
  • C’est quoi cette connerie ? Mon père…

Le juge s’arrêta, soupira, se leva et fit trois pas.

  • Ecoute-moi une fois pour toutes. Ton père sait très bien que tu existes. Il ne t’a pas oublié, du moins pas encore, et t’a envoyé une invitation pour un repas de Noël en famille. Il pense à son avenir, je dirais même aussi à ton avenir et a un deal à te proposer. Il veut te voir avant d’être trop vieux. A mon avis, ça sent l’héritage. Alors si tu as deux sous de jugeote, tu vas là-bas, tu écoutes, tu ne fais rien qui puisse t’attirer des ennuis et tu rentres le lendemain. Autrement dit, je te donne un week-end complet de permission. As-tu bien compris ? Si tu ne me crois pas, tiens, voici l’invitation. Cette seconde chance est une belle opportunité pour toi.

Le juge tendit l’enveloppe au prisonnier. Celui-ci ne réagit pas dans un premier temps, restant prostré. Le magistrat se leva alors en dressant l’enveloppe au-dessus de sa tête. Soudain, Didier la lui arracha des mains mais resta coi. Incrédule, il hésitait à découvrir son contenu. Le juge appela le gardien et sortit dès que la porte s’ouvrit, abandonnant le taulard à ses tourments. Préoccupé, il ne comprenait pas exactement ce qui lui arrivait.

Didier resta pensif… Il venait de comprendre qu’il avait fait une grosse bêtise, quelques mois plus tôt.

 

Paris – chez un armurier

 

Le bruit lancinant du boulevard périphérique lui indiquait que la banlieue n’était pas très éloignée. Paris lui avait laissé un vague souvenir avant qu’il ne quitte la France. Mais il se souvenait que la limite physique de la capitale française ne tenait qu’à ce ruban de bitume qui la ceinturait. Adolescent, il n’avait pas imaginé qu’il remettrait un jour les pieds dans cette ville. Il avait fallu ce courrier improbable d’un homme qui se présentait comme son père pour engager ce voyage dans le passé. La surprise évacuée, il s’était mis en chasse de la vérité. Car la question principale n’arrêtait pas de le tarauder : comment pouvait-on l’avoir retrouvé à l’autre bout du monde ? Et pour quel enjeu ? Après quelques vérifications poussées, il dut se rendre à l’évidence : son père l’avait convoqué pour lui annoncer une bonne nouvelle au moment de Noël. Un vrai cadeau, en principe, puisque c’est la période qui le voulait.

Bruno eut un léger pincement au cœur avant d’entrer dans cette armurerie spécialisée proche de la porte de Bagnolet. Il ne savait pas pourquoi il s’était mis dans la tête d’apporter à son géniteur un souvenir des Etats-Unis. Mais il avait voulu que ce soit un souvenir qui marque. Et quoi de mieux que d’avoir dans ses bagages une arme qui identifie au mieux le Nouveau Monde. Pourtant, le faire venir d’Outre-Atlantique n’avait pas été une mince affaire. Faire traverser l’océan à un Révolver Remington 1858 n’était pas une promenade de santé. Bien sûr, il aurait pu l’acquérir par Internet ou acheter une copie en France. Mais il voulait un original. Il avait dû préparer tout un dossier pour accompagner l’objet vers un armurier français référencé pour ses activités export-import. L’arme avait ensuite voyagé comme un simple colis vers sa destination finale. Bruno était maintenant prêt à le récupérer. Il poussa la porte d’un pas décidé.

  • Bonjour, dit-il avec l’accent américain qu’il avait contracté aux longs des années.

Pas de réponse sur le moment. Bruno traversa le magasin et s’approcha du comptoir. Un homme entre deux âges le dévisagea, occupé qu’il était derrière l’écran d’un ordinateur.

  • Que puis-je pour vous ? demanda-t-il lorsque l’inconnu fut assez proche.

Hésitation. Bruno observait les lieux. Au premier coup d’œil, il eut la confirmation qu’il existait un fossé béant entre la vente d’armes de son pays d’adoption et la France. Pas de fusils d’assaut, pas d’armes lourdes, de pistolets puissants, de grenades en tout genre et autres engins de mort aux conséquences incalculables lorsqu’ils étaient mal utilisés. Il sourit. Un instant, il se crut plongé au cœur d’un dessin animé de Walt Disney.

  • Monsieur ? Que désirez-vous ? reprit le vendeur en le dévisageant.

Bruno sourit de plus belle et reprit sa respiration. Il fallait que sa langue maternelle reprenne sa place dans son cerveau.

  • Vous avez dû recevoir, euh… a Remington revolver. Un modèle 1858.
  • Ah oui ! s’exclama l’employé. Il s’agit d’une magnifique arme de collection. Un très bel objet.
  • Je vous remercie. C’est un cadeau. For my father
  • Je comprends.
  • Avez-vous des munitions pour cette arme ?
  • Je crois. C’est du calibre 44. Pas courant, mais je dois en avoir.

L’individu s’éloigna dans son arrière-boutique et revint quelques minutes plus tard avec six balles.

  • Voici mon petit stock. Juste le contenu d’un barillet.
  • Thank you very much. It’s good, very good. Je vous en remercie. Pouvez-vous me faire un paquet. ? C’est pour offrir.
  • Un paquet-cadeau ? Mais volontiers.

Bruno quitta la boutique quelques minutes plus tard, son colis sous le bras. Il leva les yeux au ciel et fit une moue désagréable. Il lui semblait qu’il allait bientôt pleuvoir.

 

Dans un hôpital parisien

 

Michel s’effondra en pleurs sur son oreiller. Il n’avait pas pu encaisser la brutalité de l’information que son médecin venait de lui communiquer. Son cœur ne valait plus grand-chose et il pouvait à tout instant décider de tourner la page. Et son propriétaire avec. Le cardiologue s’approcha de son patient et lui prit la main.

  • Ne soyez pas défaitiste.
  • Parce que vous estimez que je vais m’en sortir ?
  • Je n’ai pas dit ça, maître. Mais si vous êtes prudent, si vous ne faites pas d’excès ni d’effort, vous pourrez tenir jusqu’à la greffe qui vous sauvera.

Le malade se redressa sur son lit et sourit, plus par dépit que par volonté.

  • Arrêtez de m’appeler « maître »… Croyez-vous que j’aie l’air d’un avocat dans cette tenue ? C’est ridicule. Je ne suis rien entre vos mains. Je ne vaux plus rien et mon avenir, s’il existe encore, est lié à vous et à la… chance.
  • Ne dites pas de bêtise. Pour le moment, vous vous en sortez très bien, et en étant prudent, je peux vous permettre d’envisager une nouvelle vie.
  • Arrêtez de déconner. Vous me faites chier ! Vous avez vu l’âge que j’ai, oui ? A 45 ans, je ne suis déjà plus qu’un vieux débris. Je ne vois pas comment je pourrais être prioritaire sur une liste de greffés potentiels, même bidouillée par vos talents.
  • Ne soyez pas ridicule. Nous, médecins, nous n’avons pas de priorités liées à l’âge. Tout dépend d’abord de la compatibilité entre le donneur et le receveur.
  • A d’autres… ! Il est évident que des jeunots seront greffés avant moi.
  • Je crois que je ne pourrai pas vous convaincre.
  • Pour ça, je vous donne raison. Vous ne me convaincrez jamais, sauf si je me retrouve à l’entrée de votre foutu bloc opératoire, allongé sur un brancard et encore en vie.
  • L’avenir peut réserver des surprises.
  • Justement, à propos de surprises… Il va falloir que vous me donniez un bon de sortie pour Noël.
  • Ce sera avec plaisir. Si vous avez une occasion de prendre un peu de bon temps, ne la ratez pas. Bien sûr, à condition de rester prudent…
  • Oui, je sais… sans excès, coupa Michel.
  • Et quelle rencontre allez-vous faire ? reprit le praticien.
  • Je dois juste répondre à une invitation de mon… père.
  • Je croyais que vous étiez orphelin.
  • Ce n’est pas tout à fait exact. Nous avons été placés en internat pendant toute notre enfance et notre adolescence, mes deux frères et moi. On s’est ensuite un peu fâchés et chacun est parti de son côté. J’ai même un frangin en taule. Notre mère est morte suite à un accident de voiture, il y a quelques mois. Je ne l’ai su qu’après. Dommage ! Aujourd’hui, il veut peut-être se racheter. Il m’a invité pour Noël. Ce qu’il n’avait plus fait depuis une dizaine d’années. Cela sent le cadeau pourri… Ou l’héritage. Mais, bon… Il y a peut-être un capital à gratter. Alors je vais y aller. Docteur, il faut que j’aille au sud de Lyon, dans la propriété familiale. Faites donc en sorte que je puisse supporter le voyage.
  • Deux heures de TGV ne vous tueront pas, à condition que vous respectiez mes consignes et que vous suiviez à la lettre mon traitement.
  • Je m’y plierai… J’ai encore envie de vivre un peu.

 

Quand il faut y aller…

 

La décoration était admirable. Lucienne avait fait des prodiges. L’événement était loin d’être anodin. Au fond d’elle, ce repas festif allait engendrer le départ d’une nouvelle ère. Gabin avait décidé de solder les comptes en organisant un dîner de Noël qui réunirait ses trois fils. Une brouille générale avait fait éclater le cocon familial. L’argent, les femmes, les ego avaient eu raison de leurs liens. Il voulait tourner la page en mettant chacun face à ses propres responsabilités. L’épisode douloureux du décès de son épouse lui apportait une formidable occasion.

L’employée faisait le tour de la table de fête pour s’assurer une dernière fois que rien ne manquait, ou qu’aucune pièce du décor ne fût pas à sa place. La sonnerie la fit sursauter. Elle regarda l’heure affichée sur la grosse horloge placée à côté de la porte d’entrée. Un sourire illumina son visage : le premier invité était pile à l’heure. Elle alla l’accueillir sur le perron. Lucienne observa Gabin resté à l’étage, qui avait ouvert la grande grille à distance.

Michel n’eut pas le temps de se manifester. La porte de la demeure libéra le passage de Lucienne qui lui tendit une main chaleureuse. L’avocat hésita.

  • Bonjour, Michel. Comment allez-vous ? Je vous remercie d’être si ponctuel. Permettez que je vous libère, dit-elle en ébauchant un geste pour prendre son manteau.
  • Lucienne, vous n’avez pas changé. Tenez.

Il ôta son pardessus et suivit la domestique qui le conduisit dans le grand salon.

  • Monsieur ne devrait pas tarder.
  • Pardonnez-moi… J’ai cru à une mauvaise blague. Est-ce bien Papa qui organise tout ça ?
  • Je crois que les informations glissées dans l’invitation vous ont convaincu.
  • J’en conviens. Sans ces informations, je ne pense pas que j’aurais répondu favorablement. Mais où reste-t-il donc ?
  • Patience, Michel.
  • Répondez à ma question.
  • Non ! Restez ici. Votre père descendra tout à l’heure.

Une nouvelle sonnerie retentit.

  • Ah ! Notre second invité arrive. Excusez-moi.
  • Je vous en prie, dit Michel, de plus en plus perplexe.

La domestique se retira et bientôt Michel entendit des bribes de conversation. Un instant, il eut la vague impression que cette nouvelle voix ne lui était pas indifférente. Une intuition.

La porte de la pièce s’ouvrit et le nouveau visiteur entra. Michel sentit son cœur s’accélérer et un rictus déforma son visage. Il lâcha un juron de stupeur. L’un de ses deux frères se trouvait devant lui … Ce dernier ne fut pas moins surpris.

  • Toi ici ? s’énerva Michel. Enfin mais, c’est quoi cette mascarade ? dit-il en direction de Lucienne.

Un instant, il regretta son écart de langage et son emportement : une petite douleur venait de lui rappeler que son cœur ne tenait qu’à un fil.

  • Mike… You… J’avoue que je ne m’attendais pas à te trouver ici. Farce de mauvais goût ou coïncidence machiavélique ? s’interrogea le fils américain.
  • Votre père sait parfaitement ce qu’il fait et vous avez été invités selon ses ordres.
  • Quand cessera ce petit jeu ? demanda Michel, toujours agacé.
  • Il manque encore un invité et ensuite Monsieur viendra se joindre à vous. D’ailleurs, je crois qu’il arrive.

Michel et Bruno se regardèrent, inquiets tous les deux, en essayant d’imaginer la tête du nouvel arrivant. Intuitivement, ils savaient qui allait entrer dans la pièce. Lorsque Lucienne l’introduisit, à leur grande surprise, ils ne le reconnurent pas. Didier, le taulard, venait de faire son apparition. Mais lui, le mauvais fils, identifia aussitôt ses deux aînés. Pourtant, au lieu d’être heureux de les retrouver, une gêne immense l’immobilisa. Le souvenir qui lui traversa le cerveau venait d’avoir un effet bloquant. Les images du fait marquant qui s’était produit quelques mois plus tôt étaient d’une netteté saisissante…

 

Le banquet

 

Gabin avait pris tout son temps pour se préparer. Il avait revêtu son plus beau costume, qui lui allait encore comme un gant. Il avait supprimé sa barbe qui avait trop blanchi et le vieillissait. Coquetterie malvenue, Monsieur s’était fait teindre les cheveux après les avoir coupés très courts. Après une dernière inspection devant son miroir, il se saisit de sa canne à pommeau d’ivoire, gage de noblesse, et descendit vers le grand salon. Jules lui ouvrit la porte et il fit son entrée, le cœur stimulé animé par une jubilation intérieure. Son arrivée fit autant d’effet qu’un coup de tonnerre. Ses trois fils restèrent figés de stupeur – et peut-être d’effroi. Leur regard trahissait une gêne évidente. Michel ne put se retenir et lâcha de façon à peine audible :

  • Papa…

Bruno et Didier se rapprochèrent de leur frère, et les trois hommes dévisagèrent l’individu qui leur faisait face. L’avocat était le plus incrédule. Un silence pesant les enveloppait. Lucienne, qui avait assisté à ces retrouvailles, fit un signe à Gabin, et se retira sans bruit en prenant soin de les laisser entre eux, en toute intimité.

Le propriétaire des lieux fit quelques pas dans la pièce, en fixant chacun tour à tour. Soudain, il se sentait mal à l’aise, et cherchait en catastrophe la manière de leur présenter la vraie raison de son invitation. Le scénario qu’il avait imaginé et répété s’était effondré sous la pression de l’émotion. Pourtant, il ne laissa rien paraître en maîtrisant son allure et son apparence. Le champagne servi dans des coupes sur une table de service, à côté de petits fours lui fournit un sursis bienvenu.

  • Avant de vous expliquer ce que j’attends de vous, je vous propose de trinquer à nos retrouvailles. Champagne !

Les quatre hommes restèrent silencieux en avalant la première gorgée du breuvage frais. Michel eut la vague impression qu’il s’agissait d’une sorte du dernier verre du condamné. Bruno restait calme, alors que Didier semblait agité.

Gabin se sentit mieux et reprit la parole sur un ton mesuré.

  • Michel, Bruno, Didier… Mes trois fils ! Je vous remercie d’avoir répondu à mon invitation. Je vous retrouve comme… comme avant. J’ai l’impression de retourner si loin dans le passé ! Regardez cette photo, dit-il en la désignant sur le mur avec sa canne. Petits, vous étiez inséparables…

Il se tut et les observa. Michel voulait parler, c’était évident, mais il se retint.

  • Je crois que j’ai bien fait de vous convaincre. N’est-ce pas ?

Une larme traversa une joue de Gabin. Puis, sans leur laisser le temps de répondre, il poursuivit :

  • Je souhaiterais que vous ne m’interrompiez pas.

Silence poli.

  • Toi, Michel, je pense que tu te souviens de ta mère. Tu sais qu’elle n’est plus là.
  • Oui, je le sais. Pourquoi n’as-tu rien dit de son accident ? Pourquoi nous avoir caché son décès ? lâcha Michel, agacé.

Gabin resta impassible. Michel ne bronchait pas et le fixait d’un regard dur et froid. Bruno baissait la tête en scrutant le fond de son verre tandis que Didier semblait s’ennuyer en affichant une impatience évidente.

Leur père poursuivit en faisant diversion :

  • J’ai fait fortune en développant cette propriété viticole. L’exposition des vignes et le magnifique travail réalisé par mes équipes ont permis de hisser cette appellation au plus haut niveau. Aujourd’hui, elle ne demande qu’à prospérer, pourvu qu’on s’en donne la peine.

Gabin fit quelques pas et alla se servir une nouvelle coupe de champagne. Il leur en proposa. Seul Didier accepta. Il poursuivit :

  • Depuis la mort accidentelle de votre mère, je ne pense plus qu’à ça : vous réunir pour envisager l’avenir.
  • Il fallait nous prévenir de sa mort. Nous serions venus, dit Bruno, gêné. Tu as su nous trouver pour ce soir. Alors, pourquoi n’avoir rien dit ?

Gabin ne répondit pas, s’approcha de Michel et darda son regard dans le sien.

  • Toi, mon fils aîné… Vois-tu, je n’ai jamais compris notre brouille. D’accord, m’être opposé à ton mariage était idiot. De là à claquer la porte…

Gabin se tut, étreint par une soudaine émotion.

  • Et m’interdire de partir faire un tour du monde, tout aussi stupide… dit Bruno.
  • D’autant que tu t’es posé aux Etats-Unis. Mais qu’est-ce que tu leur trouves, à ces Ricains ? Aucun métier ne t’attirait dans notre beau pays ?
  • Euh, non… C’est le hasard, se contenta de répondre l’Américain d’adoption.
  • C’est parfait. Tu t’es bien débrouillé. Si j’ai bien compris, tu es devenu, euh… disons… un cow-boy, comme dans les films, et tu travailles dans une exploitation agricole.
  • Yes… C’est à peu près ça. Deux mille cinq cents hectares et trois mille têtes de bétail. Cela m’occupe un peu. D’ailleurs, je t’ai apporté un petit souvenir de ma région d’adoption.

Bruno joignit le geste à la parole et ouvrit son cadeau. Le revolver apparut, étincelant sous les feux de l’éclairage généreux de la pièce. Michel s’approcha de l’arme et la contempla avec admiration. Didier y jeta un coup d’œil mais sembla s’en désintéresser. Michel voulut y toucher. Bruno retint la main de son frère.

  • N’y touche pas. Il est chargé.
  • Chargé ? Les balles… tu as mis des munitions dans le barillet ! s’étonna Michel.
  • Aux States, on n’offre jamais une arme sans munitions. C’est une politesse élémentaire.
  • Merci pour ce cadeau. Je ne crois pas qu’il me soit de la moindre utilité, mais sait-on jamais, d’autant que tu me confirmes qu’il s’agit d’une arme de collection, n’est-ce pas Bruno ?
  • Tout à fait ! C’est un Remington 1858, calibre 44, précis à 25 mètres et très fiable.
  • Bien, bien… C’est très gentil à toi. J’ignorais que j’avais un fils aussi qualifié en matière d’armes !
  • Certes… Mais c’est stupide, cette pratique d’offrir une arme chargée, dit Didier en rigolant.
  • Tais-toi ! s’agaça Gabin. Tu as fait assez de conneries comme ça. D’autant que je connais désormais les vraies circonstances de la mort de votre mère, dit-il à la cantonade d’un ton soudain plus solennel.

Cette déclaration glaça le sang du permissionnaire. Les muscles de sa mâchoire se contractèrent et, bien malgré lui, il grinça des dents en jetant un regard méchant sur son père.

  • Ah ? s’inquiéta Michel.
  • Il est établi de façon quasi certaine que l’accident a été provoqué par un véhicule qui aurait quitté sa trajectoire. En l’évitant, éblouie par les phares, votre mère n’a pas su rattraper sa Renault et elle s’est encastrée dans un arbre. Celui qui a provoqué l’accident conduisait une Citroën DS 3 blanche.

Didier soupira.

  • Pourquoi remuer ce passé ? Ça ne la fera pas revenir, murmura-t-il subitement nerveux.

Bruno intervint :

  • Papa, comment sais-tu cela ?
  • Les gendarmes ont découvert à une centaine de mètres après le lieu de l’accident des traces de pneus dans l’herbe du bas-côté et au pied d’un arbre ; ils ont récupéré un enjoliveur qui ne pouvait qu’appartenir à ce type de voiture. Par ailleurs, sur le tronc de l’arbre, ils ont relevé des traces de peinture. Après analyse, il s’avère qu’il s’agit d’une Citroën. Mais, tout ça, je l’ai appris bien plus tard, beaucoup plus tard. J’envisage de retrouver cette voiture et donc son conducteur.
  • Ça va pas, bordel ! A quoi ça rime, cette idée ? coupa Didier, très énervé. Maman ne reviendra pas. Cela ne sert à rien de fouiller le passé. Et d’abord, pour quoi faire… ? Hein… On se le demande !
  • Calme-toi Didier, dit Michel dont le rythme cardiaque s’accélérait.

Gabin se raidit en s’appuyant sur sa canne.

  • J’aimerais donc retrouver, ce conducteur… Pour comprendre et pour effacer cette douleur qui m’étreint et m’empêche de vivre.
  • Connerie ! jura Didier. Ce que tu veux, c’est te venger. Ouais, te venger ! Mais ça ne se passera pas comme tu l’entends.
  • Mais enfin ! Qu’est-ce que tu racontes ? Papa veut comprendre… dit Bruno.
  • Non, il veut la peau du responsable… C’est pour ça qu’il nous a réunis.
  • Quoi ? s’inquiéta Michel qui soudain commençait à comprendre.

Monsieur s’était mis à l’écart. Il transpirait. Une sourde inquiétude venait de l’envahir et il était en train de regretter amèrement son initiative. Il goba plutôt qu’il n’avala une nouvelle coupe de champagne.

Michel se rapprocha de son frère taulard et chercha ses yeux. Il n’y vit qu’angoisse et détresse. Son visage affichait un masque de violence insoupçonné.

  • Didier… Je crois me souvenir. J’ai su par mon cabinet que tu avais obtenu une autorisation de sortie à peu près au même moment que l’accident de maman. Et je suis certain que tu as été retrouver Delphine, la fille de Pierre, le propriétaire du Clos de L’Epange. Elle conduit ce type de voiture, sauf erreur. Et tu couches bien avec elle ?
  • Tu racontes n’importe quoi… C’était à un autre moment, lâcha Didier en colère.
  • Cette voiture a bien eu un léger accident. Et il est exact que le père de Delphine l’a fait réparer très vite puisque, lors de l’enterrement, elle n’a pu venir par ses propres moyens. Didier, elle n’avait plus de voiture. J’en suis certain… dit Gabin dégoûté.
  • Vous m’emmerdez… Ouais… elle n’avait plus de bagnole ! Et alors ?
  • Alors… alors… c’est toi qui as provoqué l’accident, dit Bruno d’un ton ferme. Tu conduisais, certainement avec un verre de trop dans le nez, comme toujours, et tu as tué maman.

Didier ne tenait plus en place. Il jeta sa coupe de champagne qui explosa.

  • Vous me cassez les pieds. C’est facile de vous en prendre à moi. Parce que je ne suis qu’un taulard. Mais ça vous arrangerait bien que j’y reste le plus longtemps possible. Comme ça, vous pourrez profiter de ma part de l’héritage comme de beaux égoïstes. Bande de salauds !
  • Tu dis n’importe quoi Didier, tempéra Michel. Calme-toi et viens t’asseoir. On va parler tranquillement.

Gabin s’était mis en retrait, tétanisé par la tournure que prenaient les événements.

  • Vous m’emmerdez, tous les deux ! Eh, Papa ! interpella Didier. Ne cherche pas à disparaître. Tu l’as voulu. Tu ne pouvais pas nous foutre la paix. Ah, chers parents, toujours à vouloir décider à notre place, bordel, ajouta-t-il pour lui-même.
  • Tais-toi ! hurla Michel. Tu ne parles pas à Papa sur ce ton.

Michel se tut. Il sentit une violente douleur dans la poitrine. Il comprit qu’il allait faire un malaise. Désespéré, épuisé, il allait tomber en direction de Didier. Celui-ci eut peur que son frère ne l’agresse. Par réflexe, il se précipita sur le revolver dont le coffret était ouvert sur la table. Il visa Michel, que Bruno avait rattrapé.

  • En attendant, vous allez me laisser tranquille et oublier toutes ces conneries !

Bruno fit asseoir son aîné, qui transpirait abondamment, puis chercha à s’interposer en essayant de détourner le bras armé de Didier.

  • Que veux-tu faire ? Jouer aux imbéciles. Et ensuite ? Tu n’as pas de solution, Didier… C’est fini pour toi. Laisse tomber et repose cette arme.
  • Aïe… Putain ! J’ai mal, gémit Michel en grimaçant, une main appuyée sur la poitrine.

Didier s’énervait en agitant le revolver.

  • Encore une fois, range ce flingue, Didier, dit Bruno agacé.

Michel souffrait le martyre, le thorax en feu. Il ne ressentait plus son bras gauche tandis que sa vue se brouillait. Il avait la bouche sèche ; il avait besoin de boire. Le cow-boy avançait vers son cadet, de plus en plus nerveux. Celui-ci reculait en jetant des coups d’œil dans tous les sens. Le taulard avait peur. Il ne sentit pas le fauteuil qu’il heurta. Didier perdit l’équilibre et tomba sur l’assise. Sa main armée frappa l’accoudoir. Un coup de feu partit. Bruno resta coi, surpris. Gabin encaissa le projectile en pleine poitrine, s’écroula, le sang inondant sa chemise. Le cow-boy, effaré par ce geste insensé, se précipita pour désarmer son cadet. Michel eut un éclair de réalisme, réussit à se lever et s’approcha de ses deux frères. Dans la bagarre qui s’ensuivit, un second coup de feu retentit et Didier recula d’un bon mètre sous le choc. La balle s’était logée dans  le haut de sa cuisse en perforant l’artère fémorale. Un jet de sang chaud fut projeté, éclaboussant Bruno qui réalisa, avec terreur, l’horreur de la situation. Furieux, il se retourna vers Michel qui se rasseyait, incapable de réagir. Anéanti, effaré, l’Américain attrapa son petit frère et chercha à desserrer son doigt collé sur la gâchette. Rien n’y fit et Didier, dans un regain de lucidité, crut que Bruno voulait le tuer. D’un geste brusque, il pressa la détente et le troisième projectile, tiré à bout portant, explosa le ventre du cow-boy. Surpris, Bruno lâcha prise, recula lentement en regardant sa plaie qui ne le faisait pas encore souffrir. Il se sentit libéré, invincible en observant son sang s’écouler par vagues régulières.

Didier prit conscience du désastre et observa la pièce devenue rouge écarlate. Il saignait abondamment. Leur père était mort, l’aîné râlait, asphyxié, tandis que Bruno agonisait, étendu sur le parquet, en pleurant à chaudes larmes. Soudain, l’avocat surgit du néant. Ahuri, il se rétablit dans son fauteuil en affichant un visage tout en souffrance. Il respirait par saccades pour rechercher l’air indispensable. Fou de douleur, il jura, se leva et se précipita vers le meurtrier en titubant. Michel n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Par réflexe, Didier tendit son bras et tira.  La balle broya la poitrine de son grand-frère. Un instant plus tard, le taulard, inondé de sang, mourant, le visage livide, retourna l’arme contre lui et pressa la détente en grognant d’une voix rauque :

  • Joyeux Noël, connards !

Petits, ils étaient inséparables…

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