Futur roman…

Une journée comme une autre…

 Malgré son chagrin et son désespoir, Tim enterra comme il put ce qu’il restait de ses parents, de son frère et de sa sœur. Dans son for intérieur, un volcan bouillait, crachant le fiel d’une vengeance qu’il se jurait d’assouvir.

Une journée s’était écoulée sans qu’il n’aperçoive le moindre individu, qu’il n’entende la moindre déflagration ni appréhende la moindre approche d’un véhicule quelconque.

Il pleuvait encore un peu. Des grosses gouttes grasses, acides, oubliées par une énième tempête. Un timide rayon de soleil tentait de percer les nuages unis comme un plafond peint, libérant un frêle voile clair sur de grandes zones rendues inhabitables. L’horizon d’une couleur laiteuse d’été hivernal, hanté par quelques oiseaux affamés, empêchait l’espoir de renaître. Les sols lessivés, encombrés de multiples déchets, mêlaient les épaves de l’ancienne civilisation aux restes des cadavres de toute nature, aux os blanchis par le vent, nettoyés par des micro-organismes improbables, ou rongés par les charognards. L’air n’était ni chaud, ni froid, ni léger, ni lourd, ni venteux, ni calme, il était juste agréable.

Il était fini le temps des frissons au travers de scénarii incertains faisant évoluer des psychopathes pervers, des violeurs de petites filles, des sérail-killers cannibales, des assassins sensuels… Fini le rêve et l’évasion. Le néant était devenu la règle, tout au plus un semblant de vie luttait pour exister. Vivre était devenu un pari, une expérience, un cadeau, une offrande.

Tim faisait partie de ce monde à l’agonie.

Il ne savait pas ce que serait son avenir.

Il n’avait qu’une seule chose à faire, c’était survivre.

Mais surtout, Tim avait faim et surtout soif.

Le terrain était légèrement incliné et d’où il était, Tim balayait d’un unique regard l’espace vide qui se déployait devant lui. Impossible de s’aventurer en zone découverte sans avoir pris de multiples précautions. Il releva le bord de son casque colonial prélevé sur une statue dans un musée pour ajuster ses lunettes spectrales afin de scruter la plaine tranquille, verdoyante, et juste ventilée. Celles-ci lui permettaient surtout d’observer les zones balayées par les UV solaires mortels à long terme pour l’homme et qui grillaient la peau aussi facilement qu’un liquide très chaud. La disparition de l’ozone rendait la vie à l’air libre compliquée. Heureusement, la rareté des cieux lumineux limitaient les risques. Et pour l’instant, pas de pluie de ces rayons mortels.

Son ventre se rappela à son bon souvenir en gargouillant. Deux jours qu’il n’avait rien mangé. Pas même une dose de protéines apportée par des insectes grillés produits par les anciennes usines gouvernementales. Ni de la poudre de lait de noix de cajou réhydratée faute d’eau potable. Il grimaça en fixant l’horizon.

Il releva ses lunettes en les coinçant avec ses oreilles. L’imposante cicatrice qui barrait son front apparut dans toute sa laideur. Le sourcil gauche avait disparu, remplacé par une balafre qui n’avait pu être recousue. Son regard brutal le vieillissait et imposait le respect. Vêtu d’un simple jean serré par un ceinturon, un pistolet était coincé dans son dos. Un pull en laine trop grand au-dessus d’un tee-shirt crasseux, contrariait sa dégaine et lui donnait un aspect fragile, malgré ses muscles saillants. Un blouson photovoltaïque complétait sa panoplie. Il était son seul moyen de disposer d’un peu d’électricité pour alimenter les rares applications encore fonctionnelles de son Xphone 30, simple feuille de plastique qu’il pouvait rouler dans l’une de ses poches.

Dans sa main droite gantée de mitaines, une arbalète qui avait servi en compétition était tendue, une courte flèche, à la pointe acérée, prête à jaillir. Elle était sa survie.

Il transpirait et il avait soif. La gorge en feu le minait ; bientôt deux jours sans eau, autrement dit, c’était l’enfer. Son waterbag intégré à son blouson était sec, désespérément sec… Il savait qu’il ne lui restait qu’une journée pour se désaltérer un peu faute de quoi, la mort se rapprocherait à grands pas.

Tim coinça son arme entre ses cuisses et ajusta son catogan. Il fit un signe et un autre type s’approcha. Méfiant, prudent, son regard bleu acier trahissait une anxiété intense. Plus frêle que son comparse, il portait une vareuse de chasse également photovoltaïque sur un polo qui avait perdu ses couleurs. Un jean en cuir noir douteux complétait sa dégaine. Ses doigts du bras gauche s’agitaient autour d’un poing américain qui semblait le gêner. Une machette à la lame finement aiguisée dans son autre main n’était que son dernier rempart pour le protéger.

Lui aussi, il avait soif. Sa langue râpeuse lui collait au palais et cette sensation le mettait de mauvaise humeur.

Tim était chaussé de baskets souples qui lui permettaient de courir plutôt vite et de se déplacer sans trop marquer sa présence. Tandis que son comparse arborait une paire de bottes en Kevlar récupérée sur un cadavre, croisé quelques semaines plus tôt. Côte à côte, ils observèrent longuement la plaine qui s’offrait à eux. A quelque distance, une maison isolée à peine abîmée, aux murs épais, encore habillés par des fenêtres dont les verres semblaient intacts, somnolait, tranquille et sereine.

Tim s’adressa en chuchotant à Léon.

  • On ne cherche que de l’eau.

Léon abaissa les yeux pour confirmer.

  • Comme d’habitude, on se suit à dix pas d’intervalle. Je te propose de passer par la gauche. Et pas de bruit. D’accord ?

Léon acquiesça d’un signe de tête. Léon ne parlait pas.

Tim abaissa ses lunettes et s’engagea d’un pas assuré, en restant courbé pour éviter d’être repéré au cœur de ce tableau lumineux. Léon le suivit à la distance requise. Les minutes défilèrent au même rythme que les mètres, au fil des pas et des coups d’œil incessants de toute part.

Une sorte de cri les fit sursauter. Les deux comparses se plaquèrent au sol, dans l’herbe, espérant être invisibles. Tim essuya sa bouche et se retourna vers Léon en lui faisant signe de le rejoindre. Un instant un plus tard, allongés côte à côte, ils se regardaient en essayant de déterminer l’origine du bruit entendu. Rien de nouveau n’arrivât. Un long moment plus tard, Tim fit signe à son acolyte qu’il comptait ramper jusqu’au coin de la maison, de façon à observer ce qui pouvait se passer de l’autre côté. Léon essuya son front trempé de sueur, traduisant une peur intense, et agita la tête pour signifier son accord. Il serrait ses deux armes à faire blanchir ses articulations et rougir ses doigts. De toute façon, il fallait trouver de l’eau.

Soucieux de ne pas se faire piéger, Tim préférait affronter le danger pour tenter de le contrôler plutôt que de le subir. L’épisode du massacre de sa famille lui traversa le cerveau. Ses dents grincèrent. Il s’avança en multipliant les précautions et chercha un angle de vue qui lui permettrait de jauger la situation. A peine eu-t-il atteint son point d’observation qu’un nouveau cri retentit. Ce n’était pas un vrai cri, au sens habituel, mais plutôt un hurlement étouffé. Tim releva la tête. Ce qu’il vit lui fit l’effet d’une claque.

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