Extrait de « La neige sera rouge à Noël »

Paris, prison de la Santé, à la fin du mois de juin

8 heures du matin. Le soleil brillait déjà en ce jour de solstice d’été. La porte bleue de la prison de la Santé s’ouvrit, laissant le passage à un homme maigre, de taille moyenne, portant un imperméable et un chapeau en feutre bien peu de saison. Il fit quelques pas sur le trottoir et s’arrêta, jetant un regard derrière lui ; la porte s’était refermée. Il posa à ses pieds un attaché-case, son seul bagage, puis fouilla dans ses poches et en sortit un paquet de cigarettes. Bientôt, l’une d’elles se consumait, coincée entre ses lèvres. À intervalles réguliers, l’homme avalait la fumée avant de l’expulser avec satisfaction, savourant sa liberté retrouvée.

Il ouvrit son imperméable, puis consulta sa montre. Il attendait… l’impatience émanait de tout son être. Quelques minutes plus tard, une Audi A8 noire aux vitres fumées se gara devant lui. Sans faire le moindre signe, l’homme reprit son bagage, jeta son mégot dans le caniveau, ouvrit une portière et monta à l’arrière, derrière le conducteur.

– Bonjour, Charles, lui dit son voisin de banquette.

– Bonjour.

Un long silence s’installa. La berline avalait le bitume.

– Pas trop fatigué ?

– En pleine forme.

Le visage dissimulé derrière des lunettes noires, son hôte semblait nerveux. Il reprit la parole, un léger agacement dans la voix :

– Alors, tu es d’attaque pour reprendre ta place dans l’organisation ?

L’homme à l’imperméable soupira. Il garda le silence un long moment en fixant la nuque du conducteur. L’autre individu observait les immeubles défiler derrière la vitre. Le nouveau venu tourna la tête vers son voisin et finit par répondre, tout aussi agacé :

– Tu ne crois pas que cette question est superflue ?

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